
Résumé:
En 1974 paraît Gros-Câlin, le
premier roman d'un certain Emile Ajar, inconnu au bataillon des
lettres. Et pour cause: c'est un pseudonyme ; celui - parmi
tant d'autres - de Romain Gary (1914-1980). Gros-Câlin est
le nom d'un python. Michel Cousin, 37 ans, obscur col blanc
employé dans un institut de statistiques, en a fait son
unique ami, faute de trouver l'amour chez ses contemporains.
"Je m'attache très facilement", explique-t-il. Au point de
se confondre avec le serpent et de parler de son point de vue,
très terre à terre - littéralement!
L'éditeur ignorait sa véritable identité
Récit étrange, loufoque, émouvant aussi,
Gros-Câlin est une fable sur la solitude de l'homme
moderne, un cri d'alarme contre la déshumanisation de la
société, un plaidoyer pour le retour à la
nature. Or la version publiée à l'époque n'est
pas exactement celle qu'avait rédigée Romain Gary
à l'origine : l'éditeur Michel Cournot, ignorant la
véritable identité d'Emile Ajar, lui suggéra de
modifier la fin de son livre de façon à
privilégier, jusqu'au bout, le thème de la solitude.
Gary accepta, par l'entremise d'un homme de confiance. A ce
moment-là, en effet, Ajar n'est pas encore
"interprété" par Paul Pavlowitch, et il est
censé vivre au Brésil après avoir eu des soucis
avec la justice française. Gros-Câlin est aujourd'hui
réédité dans une nouvelle version avec cet autre
final, que Gary qualifiait de chapitre "écologique",
retranscrit à partir du manuscrit original, conservé
à l'Institut Mémoires de l'édition contemporaine
(Imec), à Caen. Ecologique, effectivement, puisque cet
épilogue où Gros-Câlin se rend au palais de la
Découverte pour haranguer la foule, avant de murmurer : "A
bas l'existoir !" interroge bel et bien les rapports de l'homme
avec l'environnement. Dans son livre testament, Vie et Mort
d'Emile Ajar, Gary explique l'importance de cette fin à
ses yeux. Vous avez dit visionnaire ?